Abdoul Mbaye fait le bilan de Macky : « Il n’est pas très favorable…, on assiste à une tension dont le Sénégal n’a pas besoin »

A l’image d’autres hommes politique de l’opposition et de la société civile, l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye a jugé le bilan de Macky Sall de « pas bon, de pas très favorable ». Sur les ondes de RFI, il s’est prononcé sur entre autres sujets sur les contrats pétroliers, l’instrumentalisation de la justice, notamment avec les cas de Karim et de Khalifa Sall, du cas de Lamine Diack…

Sall n’est pas très bon. Il n’est pas très favorable. Je suis particulièrement déçu parce que sur le plan politique, on assiste à une montée de tension dont le Sénégal n’a pas besoin avec comme cause principale son fort souci de rester au pouvoir le plus longtemps possible. Il (Macky Sall) avait commencé d’abord en reniant son engagement fort consistant à ramener son mandat de 7 à 5 ans.

Il avait trouvé un artifice pour le maintenir à 7 ans. Mais au-delà de cela et dans la perspective de l’élection présidentielle qui se prépare pour 2019, je veux mettre le doigt sur le fait qu’il se soucie d’éliminer autant que faire se peut les candidats susceptibles de lui causer quelques soucis ou de le battre.

Les reniements de Macky Sall

Ma relation avec Macky Sall s’est terminée en bon terme parce qu’on s’est quitté en bon termes mais au bout d’un moment j’ai constaté un certain nombre de reniements des engagements forts qui avaient été pris par le président de la République notamment sur les contrats pétroliers qui constituent le plus gros scandale que le Sénégal ait jamais vécu.

Nous étions au mois de juin 2012, donc quelques mois après l’alternance et le conseil des ministres a adopté un décret qui permettait l’attribution d’une concession pétrolière et bien vérification faite après mon départ de la primature, et bien j’ai pu constater que ce décret avait pu être signé sur la base d’un faux rapport de présentation établi par le ministre en charge des mines et de l’Energie de l’époque. Les éléments faux avaient consisté à présenter la société comme une société bénéficiant d’une capacité technique et financière en conformité avec le code minier du Sénégal.

Or il n’en était rien. Il s’agit d’une société créée un mois avant dans un paradis fiscal. Donc, le faut avait été établi pour permettre la signature du décret.

Et, il faut savoir que la société qui a bénéficié de ce permis avait une filiale au Sénégal créée et dirigée par le frère du chef de l’Etat. L’attribution faite, cette société n’avait pas la capacité technique pour faire ce qu’il fallait et a rétrocédé le permis dans des conditions qui ne prenaient en compte les intérêts du Sénégal puisqu’il y a eu renonciation à des droits de préhension sans aucune contre partie. (…)

L’instrumentalisation de la justice

Cas Karim Wade : Ce qui est certain, c’est qu’il y a eu deux poids, deux mesures. On a orienté toutes les poursuites vers quelques unes des personnes ou peut-être même vers une seule personne ; et là, on est au moins dans l’instrumentalisation de la Justice pour abattre des adversaires politiques.

En ce qui concerne le cas M. Khalifa Sall, nous sommes dans l’attente du verdict à la fin de ce mois mais il est manifeste que l’appareil judiciaire a été mis en branle pour l’éliminer de la course. Moi-même qui vous parle, j’ai fait l’objet des poursuites et fort heureusement la justice a pu trancher en ma faveur.

Cas de Lamine Diack

J’éprouve beaucoup de douleurs au cas de Lamine Diack parce que c’est lui que j’ai remplacé à la tête de la Fédération Sénégalaise d’athlétisme et j’ai été très proche de cette personne et j’ai été très déçu d’apprendre ce qui s’était passé.

Evidemment, je mets en avant la présomption d’innocence. Je pense que son fils qui a été souvent cité dans ce dossier de dopage et dans d’autres aurait, peut être, dû se joindre à la procédure judiciaire à la France et chercher à blanchir le président Lamine Diack. C’est douloureux pour le Sénégal et c’en est aussi pour moi.

C’est le choix qu’il fait. Le mien aurait été différent (…) mais je n’aurais pas laissé mon père seul se débattre dans des difficultés de ce type. Se terrer au Sénégal n’est pas le meilleur moyen de produire la vérité.

Ma candidature à la présidentielle de 2019, très certainement

Sans aucun doute et très certainement mais je ne puis anticiper la décision du congrès de mon part (ACT) pour participer à cette compétition en 2019. Mon score de -1% des électeurs lors des dernières législatives, fut un coup d’essai et dans les échanges que nous avons avec les citoyens sénégalais, on se rend bien compte que le politicien a de moins en moins la côte. Il a déçu et nous avons le sentiment que le Sénégalais, le citoyen sénégalais est à la recherche d’un profil nouveau.

On peut considérer que notre pays comme d’autres pays d’Afrique ont trop longtemps souffert de cette politique professionnalisée par laquelle des hommes et des femmes font la politique par profession pour leur propre ascension sociale, pour s’enrichir eux-mêmes, pour mettre à l’abri leur progéniture, leur descendance.

Au Sénégal, cela s’est traduit par deux alternances mais deux alternances déçues et je pense que l’avenir est à une autre manière de faire la politique, l’avenir d’hommes et de femmes qui n’ont pas fait deux ou trois ans politique. Et c’est notre cas. »

Avec RFI

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