Le triste sort du Pr Ismaïla Madior Fall

» Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il n’a pas de culotte pour passer l’hiver? » – Proverbe québécois

 Le Sénégal dans lequel nous vivons ne nous est pas donné. Il est, pour le meilleur ou le pire, le pur produit de nos choix, de nos rêves, de nos œuvres, de nos silences, de nos… Toutes et tous, individuellement et collectivement, nous en sommes responsables. C’est pourquoi il est si sérieux que cette responsabilité commune soit répartie d’une manière équitable, ne tenant compte de la capacité des uns et des autres, individus et collectivités, d’en assumer leur juste part.

Chimère insaisissable! «Les enseignants – ceux du cours maternel autant que ceux des universités – forment une armée noble aux exploits quotidiens, jamais chantés, jamais décorés. Armée toujours en marche, toujours vigilante. Armée sans tambour, sans uniforme rutilant. Cette armée-là, déjouant pièges et embûches, plante partout le drapeau du savoir et de la vertu».

Cet hommage à la fois vibrant, mémorable et galvanisant de l’immortelle Mariama Ba devrait largement suffire pour que l’ensemble des citoyens d’un pays deviennent et restent des ENSEIGNANTS! Alors et à juste titre, quel tour a-t-on joué à un professeur comme Ismaila Madior Fall, un agrégé en droit public et science politique pour qu’il ait ôté sa majestueuse robe de professeur titulaire des universités? Quelles substances psychotiques ou psychoactives a-t-on administré à un professeur des Universités avec le respect et tous les privilèges inhérents à son rang pour qu’il ait atterri dans les berges fleuries d’une gouvernance politique rendue dans le fond par lui-même illégale, illégitime et dangereuse pour notre Sénégal? La forte odeur de transpiration qui émane des amphithéâtres de la Faculté des Sciences juridiques et politiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar hyper bondés de sacrifiés et braves étudiantes et étudiants, serait-elle si nauséabonde, désagréable voire insupportable pour inspirer au Professeur Ismaïla Madior Fall du dégoût, de l’écœurement et de la fuite? Être l’ami ou le valet d’un président de la République par défaut comme Macky Sall, en jouant auprès de lui la périlleuse besogne de conseiller spécial ou autres titres pompeux, est-il plus prestigieux que continuer à extirper des ténèbres de l’ignorance de jeunes citoyens en plantant partout ce «drapeau du savoir et de la vertu»? Pourtant, c’est bien connu que la plupart des puissants sont ingrats, et les servir n’apporte assez souvent que des déboires et des déceptions…

«L’homme est incapable de choix et il agit toujours cédant à la tentation la plus forte», disait André Gide. Oui! Le Pr Ismaila Madior Fall aminé par un fort et assez vain désir de diriger la Cité dans l’ombre, a cédé à la plus intense tentation. Or, il ne semble pas être tout à fait à l’aise avec son propre choix. Autrement dit, il s’accuse lui-même en nous faisant la bégueule sur les raisons de sa rencontre avec l’ancien président Macky Sall. Dans son nouvel ouvrage où il délivre sa bénédiction urbi et orbi à l’inutile réforme constitutionnelle du 20 mars 2016 au Sénégal, il relate son déchirement comme suit: «lorsqu’en avril 2013, le Président Macky Sall fit appel à ma modeste personne pour être son conseiller juridique, j’ai aussitôt réalisé qu’au service de l’État à ce niveau, je perdais des libertés : celle d’universitaire critique qui fit ma réputation, celle d’aller et de venir, qui me fit connaitre l’Afrique et le monde, et celle de vendre librement mon expertise à travers les continents, qui m’assura une certaine indépendance vis-à-vis de certaines contingences de la vie.

Mais j’ai compris que j’avais là, en contrepartie, une opportunité à ne pas manquer : celle de contribuer, aux côtés d’un Président de la République réformateur, à la construction de l’État et de la démocratie dans mon pays. J’eus à le faire pour plusieurs pays d’Afrique, dont j’ai contribué à l’élaboration des constitutions et autres textes fondamentaux, mais jamais pour le Sénégal où je m’étais, jusque-là, contenté d’enseigner et de commenter le droit et al science politique. C’est pour moi le lieu de remercier le chef de l’État, qui me confia simultanément la conduite de la réforme de l’Acte III de la décentralisation, de la réforme des institutions et de la promotion de la transparence dans les industries extractives».Eh quoi! Dites-moi, mes chers compatriotes, qui est cette personne inspirée qui affirmait encore que «l’inconséquence est la conséquence suprême, l’homme qui n’est pas absurde aujourd’hui est celui qui l’a été hier et qui le sera demain»?

Ainsi, une fois la médaille de fidèle rempart officiellement sur ses épaules, notre compatriote Pr Ismaïla Madior Fall, a finalement conquis par descension flamboyante le controversé «Ministère de l’Injustice et Gardien des Sots». Depuis lors, il vit si heureux comme si le DROIT n’existait pas au Sénégal. Tel qu’il est, comme nul d’entre nous ne l’ignore, nous devons en principe du respect à son choix parce que se respecter c’est naturellement respecter le choix de l’autre même si on ne le partage pas. Seulement, en choisissant d’être au cœur des affaires de la Cité en y occupant par finasserie ostentatoire des fonctions politiques aussi affligeantes pour nos priorités et nos aspirations, le Pr Ismaïla Madior Fall nous offre en même temps l’occasion de nous imposer de notre devoir citoyen afin de porter un droit de regard critique et constructif sur l’ensemble de ses moindres faits et gestes.

S’il est certain et largement partagé par plusieurs analystes et observateurs que le Sénégal est encore aujourd’hui à la merci des subtilités des Sciences juridiques et particulièrement des juristes et des praticiens du droit malveillants aux agitations fiévreuses et péremptoires, le Pr Ismaila Madior Fall, en stimulant sans arrêt la dictature juridique et politologique de l’esprit de la gouvernance en survivance de l’ancien président Macky Sall, est réputé être l’instigateur exclusif du désordre politico-institutionnel qui sévit dans le pays en foulant aux pieds nos efforts, nos sacrifices ainsi que nos consensus. D’ailleurs, le député Mamadou Lamine Diallo lui décerne le qualificatif de « tailleur constitutionnel au service du président». À cet effet, pour mieux séduire son bienfaiteur prince, le Pr Ismaila Madior Fall a, entre autres, surfé sur les tristes et floues vagues de nos règles d’organisation politique et sociale, plié sans vergogne le droit, acté III pour le grand chambardement dans nos collectivités locales, œuvré pour le voile non transparent du pillage honteux de nos ressources naturelles, manœuvré pour la 39ème bordélique révision de notre Constitution, promulgué le discrédit total des Institutions, déséquilibré la balance de la justice, rongé la stabilité institutionnelle et la cohésion sociale du Sénégal.

 

Par ailleurs, puis que les Sénégalais sont aveugles pour ne pas l’apercevoir, de près ou de loin, déjà bien installé au-dessus de la guérite du mal politique le plus perfide, le professeur titulaire des Universités sonne son entrée en politique, prend la carte de membre du parti Arène pour laPromotion des Ringards (APR Yaambaar) de Macky Sall. Dorénavant, il se hisse à un autre niveau d’engagement et son dévouement à son«bon-Président» n’a plus de bornes. Il faut qu’il assouvisse les désirs les plus intimes de Macky Sall tout en lui garantissant, par tous les moyens, son maintien durable au pouvoir. Aussi, puis qu’il a compris que tout changement d’herbage réjouit les veaux, le Pr Fall fait preuve d’abnégation pétulante en voulant à tout prix être visible et exemplaire. Pour y arriver, il  fait désormais face à toute menace qui aurait la prétention ou l’ambition de briser la volonté de son bon-chef d’État. Sur ce, écoutons-le de nouveau goguenarder: « le sens de mon engagement, c’est d’apporter ma contribution pour que les Rufisquois voient leurs intérêts pris en charge dans le cadre du Plan Sénégal émergent. Macky Sall a une conception développement de la politique qu’il est en train de réaliser au niveau national. Je veux que dans le cadre du Pse, de Promovilles et des autres initiatives que les Rufisquois s’aperçoivent que la ville est prise en compte(…) Je ne suis pas venu ici pour bousculer qui que ce soit; je ne suis pas venu pour un agenda politique caché; je suis venu simplement apporter ma contribution pour renforcer le travail politique qui est en train de se faire au profit du président de la République».

Tiens, tiens! Notre très excellentissime professeur- conseiller-ministre-politicien fait enfin de la politique politicienne sans, de toute évidence, considérer que la vertu en politique est la bonne foi!  Mais, pourquoi, pourquoi, bon sang pourquoi la science du droit ne sert-elle pas la vie du professeur, avant de servir le pouvoir? Lui arrive-t-il de penser à la peine et à la souffrance qu’il inflige sans cesse à ses nombreux étudiants lorsqu’il utilise dans les médias des discours délibérément simplistes, sans nuances, dénaturant la théorie, la vérité, la logique des sciences juridiques et politiques et faisant preuve d’une complaisance excessive pour Macky Sall, son très regrettable président réformateur? Sa certitude qui transparait dans la rhétorique de son discours et qui l’amène à penser être le seul à incarner dans tout le Sénégal la raison juridique, est d’une gravité telle qu’il faut lancer sans délai, en plus de la célèbre et inédite correction de ses 45 collègues, un SOS «Sauvons le soldat Madior». En voyant le Pr Fall dans les filets de la pure démagogie politique, la construction de modèle significatif de vie qu’il devrait continuer à promouvoir avec honneur et dignité auprès de nous autres Citoyens vivant dans ce Sénégal brimé par des crises et des manœuvres de politique politicienne, est ainsi définitivement mise en péril. Le professeur Fall s’est viré le derrière à la crèche! C’est ce que confirment ces propos que lui adressait le député Déthié Fall: « tout le monde sait que rien ne marche dans votre département. Je suis déçu de votre nomination à la tête de ce ministère. Votre démarche n’inspire aucune confiance. Vous avez laissé comme référence Montesquieu qui a théorisé la séparation des pouvoirs pour prendre comme référence, le Président Macky Sall qui a une justice pour ses partisans et une justice pour ses adversaires».

Vive le Professeur! Libre donc à qui veut de s’indigner par devoir, de rire ou de  pleurer en paix ou en sanglot, tant du moins que durera la vadrouille épique de l’itinérant Professeur des Universités. Pendant ce temps, rattrapé par la mémoire de mon estime brisée qui me recommande, contre toute attente, une étincelle de lumière pour notre professeur ménestrel, pour son seul bien-aimé et pour leurs affidés, nos pensées vont subitement à cet autre FALLÈNE, le Roi du Djiolof, Samba Laobé et à cette historique correspondance que, dans sa bonté inqualifiable,Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké (RTA) lui avait gratifiée:

«Sache que le pouvoir que tu détiens actuellement en ce monde ne t’est parvenu qu’après avoir été soustrait des mains d’autres rois comme toi qui t’ont précédé. Et qu’un jour viendra où ce même pouvoir te sera repris des mains pour être cédé à d’autres rois qui te succéderont. Donc s’il arrive certains jours où la vie te semble favorable et t’assiste contre tes adversaires, sache qu’il en sera d’autres ou elle favorisera tes adversaires contre toi. Et si quelques fois elle t’a fait rire, quelques fois aussi elle te fera pleurer. Que donc la joie qu’elle t’inspire ne t’abuse pas car ce monde est, par nature, trompeur et fourbe. Et il arrive souvent qu’il se retourne brutalement contre toi pour te leurrer et te faire tomber dans son piège. 

Ainsi, je te recommande de toujours persévérer à assister les plus faibles, les pauvres et les nécessiteux, et de ne jamais tomber dans la tyrannie et l’injustice car « tout homme injuste le regrettera un jour » et « tout tyran assurera sa propre perte ». N’oublie jamais que la puissance que tu détiens et toutes les faveurs qui en découlent, ne te sont en vérité parvenues qu’à travers la mort d’autres personnes qui les détenaient avant toi et du fait que ces mêmes faveurs se sont départies de ces dernières pour de bon. Par conséquent, attends-toi à ce que ces mêmes privilèges te délaissent un jour de la même façon qu’ils te sont parvenus. Fais donc preuve de persévérance dans les actes qui te seront utiles dans les deux mondes, ici bas et dans l’au-delà avant que tu tournes un jour définitivement le dos à ces avantages ou bien que ceux-ci se détournent à jamais de toi. »

Pathé Guèye-Militant ACT

Montréal, le 08 avril 2018

 

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