SERVICE DE LA DETTE : Le Sénégal Tenu De Rembourser 839 Milliards En 2018

Le Sénégal a une dette extérieure de 839 milliards de francs Cfa à payer cette année.

 

C’est ce que rappelle l’Inspecteur des Impôts et Domaines à la retraite et homme politique, Alla Kane. Il animait, samedi à Dakar, une conférence sur le budget de 2018, décrété «social». Estimant que même l’emprunt ne peut pas permettre de payer les échéances échues, il soutient que ce fardeau risque de grever les recettes fiscales.

 

L’Etat en a pris plein la dette. Et elle se creuse au point d’alarmer. En effet, de grosses inquiétudes subsistent quant à la lourdeur du service de la dette sur les finances publiques. L’Inspecteur des Impôts et Domaines à la retraite, Alla Kane, estime qu’il y a «839 milliards de francs Cfa de dette à payer en 2018 avec des intérêts de 221 milliards de francs Cfa». Il animait samedi, à Dakar, une conférence publique sur le «budget social».

Cette alerte est confirmé par l’Africaine de recherche et de coopération pour l’appui au développement endogène (Arcade) qui rappelle que concernant la dette extérieure, «le remboursement de la dette absorbe des ressources de plus en plus élevées, estimées à plus de 800 milliards de francs Cfa, cette année, selon des députés».

Concernant les raisons, M. Kane précise que ces dettes sont celles contractées par les gouvernements antérieurs. Avant de prévenir qu’il en sera de même pour les emprunts d’aujourd’hui qui, d’après l’ancien membre du Parti africain pour l’independance (Pai) et actuel membre de YoonuAskanwi, sont à mettre sur le dos du gouvernement à venir. Une autre raison, avancée par M. Kane, est qu’«au moment où l’on emprunte, il y a des filiales des sociétés qui ne payent pas tout l’impôt qu’elles devraient payer par l’évasion fiscal, la fraude et les remises gracieuses».

Dans l’immobilier, Alla Kane, qui a acquis une expertise sur les questions foncières, se demande si tous les immeubles qu’on construit payent l’impôt. A l’en croire, cela aurait permis d’avoir des ressources internes capables de faire face aux besoins de développement et de rembourser la dette publique. Non sans démontrer que le mauvais usage fait des fonds publics contribue à creuser la dette du pays.

Interpellé sur les solutions pour maîtriser l’endettement, ce diplômé de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) pense que  «même l’emprunt ne peut pas permettre de payer les échéances échues». Ce que l’Etat serait contraint de faire, selon lui, c’est de «prendre les recettes fiscales pour compléter les remboursements». Il estime aussi qu’il faut développer le potentiel fiscal du pays en diminuant les évasions, en luttant contre la fraude, en limitant les remises de dettes fiscales, en baissant les dépenses fiscales et en étendant l’assiette fiscale. Car, dit-il, ces dettes auraient pu servir à financer des programmes de développement.

Cette analyse de M. Kane intervient dans un contexte où le chef de l’Etat a fait du budget 2018 un instrument social. Ce que certains considèrent de budget de campagne pour la présidentielle de 2019. «Le pouvoir en place fait beaucoup de bruit autour du budget social. Les tenants du pouvoir sont allés jusqu’à dire que le budget est le plus social de toute l’histoire du Sénégal. Quand on regarde, on se rend compte qu’ils sont allés en campagne avant l’heure. C’est un budget de campagne présidentielle avant l’heure. On attend la septième année pour faire le marqueur du septennat», décrypte Alla Kane. Qui interpelle les contribuables. «Les Sénégalais doivent savoir que toutes les réalisations sortent de leurs poches. Ce sont les impôts directs et indirects. Les travailleurs payent plus d’impôts directs que les sociétés parce qu’ils sont coupés à la source. La Tva, autour de 18 %, est la première source des impôts indirects. C’est le peuple qui finance les politiques publiques. Il faut qu’ils sachent qu’ils doivent demander des comptes parce que c’est leur argent», ajoute l’ancien Inspecteur des impôts.

Les pouvoirs publics sont invités à prendre conscience de la place des contribuables dans l’économie. Selon Henriette Faye, représentante de l’Arcade, «le citoyen a un rôle à jouer pour une bonne gestion des ressources». Pour elle, il faut mieux comprendre le système et voir les opportunités pour corriger ce qui ne va pas. A son avis, le volet politique l’emporte très souvent. Ce qui, selon elle, n’est pas bon et ne mène nulle part dans le développement du pays.

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