Sadio le manéfique

Associé à Firmino et Salah sur le front de l’attaque des Reds, le feu follet préféré de Jürgen Klopp est en train de réaliser la plus belle saison de sa carrière. Focus sur la troisième lame du trident offensif le plus tonitruant d’Europe.

Mercredi soir dernier, à Anfield. Depuis une demi-heure, les hommes de Jürgen Klopp harcèlent les Citizens. Pressing gagnant : en vingt minutes à peine, les Reds ont déjà fait sauter par deux fois les rouages de la mécanique de haute précision mise en place par Pep Guardiola. Le peuple rouge est encore en ébullition lorsque sur une nouvelle incursion, Mohamed Salah, intenable dans son couloir droit, dépose un amour de centre dans la surface. Le ballon s’élève au-dessus d’une forêt de maillots bleus et rouges, et achève sa course sur la tête de Sadio Mané. Le coup de boule rageur de l’international sénégalais (26 sélections, 11 buts) achève de transformer en humiliation une victoire clinique qui laisse le leader incontesté de la Premier League KO debout. Klopp est en transe, le public exulte. Mané, lui, a le triomphe modeste. Pas de course effrénée maillot à la main en direction des tribunes. Pas de torse bombé face caméra. Juste une accolade avec son acolyte égyptien, et direction le rond central.

L’ailier des Reds, encore une fois auteur d’une prestation sans tâche, aurait pourtant bien des raisons de courir en tous sens pour célébrer le large succès des siens dans ce quart de finale aller de la compétition. Pas le genre de la maison. Celui qui est arrivé sur les bords de la Mersey en 2016 réserve ses déboulés dévastateurs au temps règlementaire. Pour le plus grand plaisir du manager de Liverpool, accroc à la qualité de percussion et à l’époustouflante capacité à répéter les efforts de son attaquant. Pas un hasard si le technicien allemand s’est senti orphelin, lorsque son protégé est parti briller avec les Lions de la Téranga à la CAN l’an passé. “Je suis content pour toi, mais d’un autre côté, je pourrais vraiment te botter les fesses.”, avait d’ailleurs déclaré Klopp en conférence de presse, alors que Mané, remarquable en phase de poule de la compétition, commençait à manquer cruellement aux siens en Angleterre (aucune victoire en championnat pour les Reds en son absence).

Ménage adroit

Difficile en effet de se passer d’un joueur qui brise les records aussi facilement que les reins de ses adversaires. Joueur africain le plus cher de l’histoire après son transfert de Southampton à Liverpool (42M€), premier footballeur du continent à inscrire un triplé en C1 (face à Porto le 14 février dernier), le feu follet sénégalais peut également se targuer d’avoir inscrit le hat-trick le plus rapide de l’histoire de la Premier League à l’issue de sa première saison passée chez les Saints (3 buts en 2min.56 sec. contre Aston Villa, le 14 mai 2015).

Pour sa deuxième année sous la liquette rouge, et en dépit d’une blessure à la cuisse qui l’a tenu éloigné des terrains durant six semaines, Mané soigne ses statistiques (16 buts et 9 passes décisives). Un bilan chiffré qui traduit tout autant son efficacité individuelle que l’entente qui l’unit à ses deux compères du front de l’attaque liverpuldienne, Firmino et Salah. Force est en effet de constater que depuis le début de la saison, et tout particulièrement depuis le départ de Philippe Coutinho en Catalogne, les trois hommes constituent le trident offensif le plus spectaculaire du Vieux Continent. Un ménage adroit au sein duquel la vitesse et le goût de la provocation du Sénégalais s’épanouissent dans les mêmes proportions que la fougue virtuose du Pharaon et l’altruisme du Brésilien. Résultat : à deux mois de la fin de la saison, le “Fab Three” facture déjà 80 buts, dont 21 en C1 (sur les 30 inscrits par les Reds depuis le début de la compétition).

Une addition qui pourrait bien s’alourdir encore mardi soir à l’Etihad Stadium, face à des Citizens contraints de se découvrir pour aller chercher l’exploit. Surtout si Mané, auteur de sept buts en autant de rencontres sur la scène européenne, décide d’allonger encore sa belle série.

Une performance à laquelle lui-même n’aurait sans doute jamais osé rêver il y a six ans, à une époque où une pubalgie tenace bridait sa vélocité, et l’avait fait dégringoler en CFA avec Metz. C’est peu dire que depuis, le natif de Sédhiou, en Casamance, a fait du chemin… Et à en juger par la pointe de vitesse qu’il a une fois de plus fait admirer mercredi soir dernier à Anfield, les défenseurs adverses ne sont pas près de lui barrer la route.

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