Prix littérature-monde 2018 remporté par ​Mohamed Mbougar Sarr

Le deuxième roman du jeune Sénégalais, « Silence du chœur », l’a emporté alors qu’était aussi en lice son troisième, « De purs hommes », sur l’homosexualité.

Son arrivée brillante en littérature a d’emblée été marquée par un engagement sur les grandes questions qui traversent son continent d’origine, l’Afrique, et le monde. Le Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, 28 ans, fils d’un médecin et d’une mère au foyer, élève du Prytanée militaire de Saint-Louis (le top des lycées du Sénégal), vient de remporter le prix littérature-monde, émanation du festival Étonnants Voyageurs de Saint Malo (avec le soutien de l’AFD, Agence française de développement). Il a obtenu cinq voix du prestigieux jury créé en 2014 à la suite du manifeste Pour une littérature-monde de Michel Le Bris et qui réunit autour de lui les écrivains Ananda Devi (présidente), Boualem Sansal, Dany Laferrière, Atiq Rahimi, Jean Rouaud et le lauréat précédent, ou lauréate, en l’occurrence cette année Anna Moï. Mohamed Mbougar Sarr a été récompensé pour son deuxième roman, Silence du chœur, paru chez l’éditeur qui a porté ses débuts : Présence africaine. C’est à madame Christiane Diop, veuve du fondateur des éditions de la rue des Écoles, Alioune Diop, que le tout jeune homme était venu porter son premier manuscrit, Terre ceinte… Depuis, il a déjà publié un troisième livre, De purs hommes (éd. Philippe Rey), qui avait retenu lui aussi l’attention du jury. Lequel a couronné dans sa section étrangère le roman d’Einar Mar Gudmundsson Les Rois d’Islande (traduit de l’islandais par Éric Boury, éd. Zulma). Les prix seront remis aux deux auteurs au festival Saint-Malo Étonnants Voyageurs le dimanche 20 mai, et une rencontre avec les lauréats suivra la grande matinée sur « la francophonie à réinventer » du lundi 21 mai.

Le deuxième roman de Mohamed Mbougar Sarr, extrêmement incarné à travers notamment la figure magnifique d’un curé italien, immerge le lecteur dans la condition des migrants venus d’Afrique subsaharienne et débarquant en Sicile. Comment l’arrivée de ces « ragazzi » (version XXIe siècle mondialisé et clin d’œil à Pasolini) bouleverse-t-elle la vie du village d’Altoni ? Comment les relations entre toutes les mouvances en place, association chargée des migrants, Église, jeunes fascistes, sans oublier les parcours individuels qui s’entrecroisent, font-elles bouger les lignes face à cette arrivée de 72 hommes ? C’est toute une palette de notre monde qui se découvre au fil de ces 400 pages. Il faut prendre son temps pour cette lecture, un peu trop en chair peut-être. Mais, après tout, c’est aussi ce temps pris, là, du détail, de la durée, qui fait la valeur du livre. L’auteur a été récompensé dès 2014 pour sa nouvelle La Cale, qui a reçu le prix Stéphane Hessel-RFI, puis l’année suivante, par le prix Ahmadou Kourouma et le Grand Prix du roman métis pour son premier roman Terre ceinte. Le deuxième trouve cette belle consécration. Le troisième, complètement différent et très percutant sur la question du tabou de l’homosexualité en Afrique, avec ou sans prix, est déjà un livre qui compte. Comme, on l’aura compris, ce jeune écrivain…

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