FAIBLE TAUX DE L’ÉLECTRIFICATION RURALE : Raisons de l’échec et mesures correctives

Les tarifs appliqués par les opérateurs privés d’électricité et rejetés par les villageois sont la principale raison de l’échec dans l’électrification rurale. La Crse, qui a donné l’information samedi lors d’un séminaire, a aussi révélé les mesures rectificatives prises par l’Etat.

Malgré toutes les déclarations d’intention, le  gouvernement n’arrive pas à fournir au monde rural du courant électrique. A ce jour, le taux d’électrification est de 34 % environ. En 2016, sur un objectif de 106 600 raccordements, il n’y a eu que 10 683 branchements, soit un taux de réalisation de 10 %. Les chiffres ont été fournis samedi dernier, lors d’un séminaire de deux jours organisé par la Commission de régulation du secteur de l’électricité (Crse) au profit des associations de défense des consommateurs et des journalistes économiques. Si l’on en croit Pape Momar Ndiaye, expert économiste à la Crse, cette évolution à pas de caméléon s’explique par la cherté des coûts de l’électricité en milieu rural.

En fait, l’électrification dans ces régions est gérée non pas par la Senelec, mais  par des concessionnaires. Le territoire a été divisée en 10 zones géographiques affectées chacune à  un opérateur privé. Il s’agit de Marocains, Tunisiens et Français… Mais les tarifs usités sont plus chers que ceux de la Senelec qui gère le milieu urbain. Ce qui est plutôt conçu comme une aberration, puisque les citadins sont supposés avoir plus de moyens financiers que les gens de la campagne. ‘’Cette différence de prix s’explique, selon l’expert Ndiaye, par le fait que la Senelec facture son service au kilowatt/heure, alors que les compagnies privées appliquent des tarifs forfaitaires’’. Une formule que les villageois appellent ‘’taal fay, taaloul fay (consommer ou pas, vous payez’’. Ces derniers veulent des notes conformes à leur consommation. Il s’y ajoute que les différents acteurs privés ont chacun ses propres prix. ‘’Ce qui fait que pour deux villages voisins, vous pouvez avoir des tarifs différents’’, donc inconcevables aux yeux des consommateurs.  A tout cela s’ajoute les frais de raccordement que les clients sont  obligés de payer aux opérateurs, avec des montants plus élevés que si le consommateur s’en chargeait lui-même. Bref, autant de facteurs qui justifient la méfiance et l’insatisfaction des gens de la campagne qui, finalement, ne veulent pas de cette électricité.

La fin du forfait et l’ère du  kwh

Pour trouver une solution à ces obstacles, l’Etat a demandé l’audit des concessions. Il a également pris la décision d’harmoniser les prix. A ce jour, les discussions sont presque bouclées. Et à terme, tous les Sénégalais devraient payer le même prix, qu’on soit client de la Senelec ou d’un privé. Même si la décision n’est pas définitive, la solution la plus probable est l’alignement sur les tarifs de la  compagnie nationale d’électricité. Les concessionnaires devront, de ce fait, facturer leur service au kwh et non par forfait. Autrement dit, à la place d’un limiteur de puissance, il devrait y avoir un compteur. ‘’Tout cela occasionne un manque à gagner  du côté des opérateurs privés. C’est ainsi que l’Etat s’est engagé à compenser les pertes’’, révèle M. Ndiaye. Pour le moment, la somme est difficile à évaluer. En effet, si aujourd’hui le taux d’électrification est faible, l’on espère que  ces mesures correctives vont booster le secteur. Combien d’abonnés  en un an ou deux ans ? Difficile de le dire. C’est pourquoi il est hasardeux, selon la Crse, de vouloir annoncer le montant de la subvention.

En outre, les installations intérieures existantes seront intégralement remboursées aux usagers par l’Etat. Désormais, la demande de raccordement n’intégrera plus l’obligation des installations intérieures’’, souligne M. Ndiaye. Autrement dit, le client aura le choix d’installer lui-même ou pas. A propos de la date d’effectivité, l’expert n’a pas voulu prendre des risques. Déjà, le mois d’avril dernier a été retenu comme date de démarrage de cette nouvelle politique, mais les négociations ont tiré en longueur. D’où sa formule laconique : ‘’Les discussions sont avancées.’’

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