Sénégal : quelles solutions pour les acteurs du e-commerce ?

Les sites d’e-commerce se multiplient au Sénégal, où le taux d’adoption de smartphones atteint un niveau record en Afrique de l’Ouest. Mais les récents naufrages d’AfricaShop et de Cdiscount mettent en évidence les difficultés rencontrées par ces acteurs pour trouver un business model adapté et initier les consommateurs au paiement mobile.

Massata Faye le premier à s’être lancé dans l’aventure du e-commerce au Sénégal. En 2012, il créé le site marchand Diayma.com, « à l’époque où tous ces sites n’existaient pas encore ». Entouré d’amis employés dans des sociétés de télécommunication, il démarre son affaire ; « Nous avons appris en faisant des erreurs, en essayant de partir à la conquête de nouveaux marchés. Nous nous sommes lancés avec l’équivalent de 350€ en poche et nous avons aujourd’hui 67 employés directs, alors que nous n’avons jamais levé de fonds ni eu recours à des emprunts bancaires », explique à La Tribune Afrique le jeune entrepreneur.
Startup locales côtoient firmes internationales
Car le commerce en ligne explose dans le pays et sur le continent africain. « Avec le téléphone mobile, on peut désormais combler ce retard. Tous les africains ont des téléphones portables, mais aucuns n’a une ligne fixe, on a sauté une étape », explique le fondateur de Diayma. Le site de vente en ligne observe qu’en moyenne 75% de ses utilisateurs se connectent à partir d’un smartphone ou d’une tablette. En 2017, le CA du site atteignait les 950 millions de francs CFA, soit 1,46 million d’euros pour environ 80 000 visites chaque jour. Mais le problème fondamental reste le coût élevé de l’accès à internet dans le pays.
Pour développer leurs activités, les entreprises locales misent sur la proximité et la connaissance de la culture sénégalaise, tandis que les firmes internationales n’hésitent pas à injecter les fonds nécessaires pour se refinancer chaque année. Pour Jean-Michel Huet, auteur du livre Le digital en Afrique, « les multinationales bénéficient de leur expérience dans d’autres pays, leur principale faiblesse est de mal connaître l’environnement local. Prendre un partenaire retail peut être une bonne solution, comme un groupe de distribution déjà établi, pour éviter de faire des campagnes de pub étrangères à la culture locale ».
Massata Faye évoque la concurrence, de plus en plus rude, comme le « géant allemand Rocket Internet, détenteur à 20% du site d’e-commerce Jumia, mais aussi Africa Holding. Nous n’avons pas les mêmes moyens. Le consommateur va faire son choix en fonction de la qualité, du délai de livraison, qui est notre point fort, et du prix. Avec 34 livreurs, nous devançons nos concurrents. Nous avons aussi de très faibles marges sur la téléphonie et des partenariats que l’on essaie de développer avec des marques locales, comme avec ce jeune créateur de chaussures de ville ou Invens, un fabricant chinois de téléphonie ». Mais pour Massata Faye, le fait que les startups sénégalaises concurrencent des firmes internationales permet d’apprendre ; « Jumia est une multinationale, nous maitrisons mieux les rues, la culture, l’histoire de Dakar. Notre principal point fort, c’est qu’on habite ici et qu’on connait la mentalité des sénégalais. On essaie de bâtir notre avantage concurrentiel en misant sur notre idée, notre jeunesse et l’histoire du Sénégal ».

 

 

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