Grossesse, mariages précoces, excision: S’appuyer sur les enfants pour mieux atteindre les communautés

Couchés à même le sol, le corps en ondulation, les enfants semblent perdus dans une méditation qui transcende le temps et l’espace. Tel un faisceau de brindilles, la cohorte s’applique avec une aisance déconcertante sous le rythme chargé de traquenards, émanation de doigts experts qui taquinent savamment une calebasse. Puis, les voilà debout, des regards apaisés découlant de visages inconscients et charismatiques à la fois.

Un tourbillon enchantant et enchanteur. Nous sommes à l’école d’art oratoire de Dakar (EAO) et les enfants viennent de boucler 10 jours de formation en ce lundi 10 septembre 2018. Pour clore en beauté, le public a eu droit au spectacle du « Sacrifice de Delphine » qui met en scène des villageois terrifiés par un chef sorcier qui, pendant une nuit, s’est transformé en lion, exigeant le sacrifice ultime de la plus belle demoiselle du village. Malheur au faux lion coquin, le Karamoko (marabout du village) a compris et déjoué ses plans. Une humiliation en public qui place le malintentionné au cœur d’une vindicte populaire le condamnant au supplice du feu.

C’est l’Ong World Vision qui a offert à la vingtaine d’enfants issus des régions de Fatick, Kaffrine, Tamba et Kédougou, une formation en prise de parole en public (Art oratoire) et plaidoyer. Des enfants qui ont eu droit à une série de formations en leadership dans leurs différentes contrées par l’Ong avant d’être amenés dans la capitale sénégalaise. Ici, ils ont appris le leadership, la croissance personnelle, l’intonation, la déclamation, la diction, le Slam et savent désormais comment « s’exprimer pour convaincre », se réjouit Mame Boye Sakho du Comité local de la protection de l’enfant (CLPE) de Mabo. Au sein de leurs localités respectives, ces jeunes parcourent régulièrement des kilomètres pour conscientiser sur les méfaits des mariages forcés et/ou précoces, de l’excision et des grossesses précoces. Des fléaux qui ruinent la vie de beaucoup de leurs camarades. Debout sur l’estrade de la salle de formation, René Gomis, directeur de programme à World Vision s’est dit nostalgique. « Les enfants me rappellent ma jeunesse active dans le mouvement associatif », dit-il avec des yeux qui brillent. Plus serein, devant une assistance toute ouïe, il explique : « L’idée de cette formation c’est de mettre sur le terrain des enfants compétents et aptes pour convaincre leurs communautés contre les méfaits de fléaux comme les mariages précoces, l’excision et les grosses en milieu scolaire ».

C’est Jean Fréderic Manga, le très dynamique responsable national du plaidoyer à World Vision qui renchérit à sa suite : « Faire de la mobilisation sociale et de la communication pour le changement de comportements nécessite des compétences. De surcroit, il est capital de former les leaders de demain, capables d’avoir une masse critique d’enfants pouvant représenter leurs communautés et World Vision avec aisance ». Avec 2 701 470 enfants atteints pour l’année 2017, le programme plaidoyer de World Vision souhaite impacter 8 millions d’enfants dont les plus vulnérables, à travers son objectif stratégique, d’ici 2021.

« Les enfants sont acteurs et maitres de leurs propres plaidoyers et la démarche s’en trouve pertinente car rien que dans notre localité à Mabo (région de Kaffrine), une dizaine de mariages forcés a été cassée par le Comité locale de la protection de l’enfant », informe Babacar Senghor, coordonnateur du CLPE de Mabo.

La tête pleine d’ambitions, les bénéficiaires à la tranche d’âge située entre 12 et 16 ans vont regagner leurs localités. Tels des messies, ils porteront avec énergie les messages qui affranchiront leurs communautés de pratiques qui les gangrènent.

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