Le président Macky Sall doit être poursuivi pour haute trahison

Le dernier gouvernement de la République du Sénégal sous le magistère du président Abdoulaye Wade, composé le dimanche 4 décembre 2011, sous l’autorité du Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye, comprenait trente-huit (38) ministres au total. Un Souleymane Ndéné Ndiaye qui a la particularité d’être le seul directeur de campagne à n’avoir pas pu faire (ré)élire le candidat Abdoulaye Wade (2012), contrairement aux autres directeurs de campagne du « Pape du Sopi » que sont Idrissa Seck (2000) et Macky Sall (2007). Suite à la défaite du président Abdoulaye Wade et l’élection de Macky Sall, le 25 mars 2012, ce dernier n’a même pas eu le temps de terminer son premier mandat, que voilà l’essentiel du dernier attelage gouvernemental du régime dit de la première alternance a déjà migré vers les prairies marrons-beiges.

Même s’ils n’ont pas formellement pris la carte de membre de l’Apr, les ministres transhumants ont plongé, pieds joints, dans la mare de la mouvance présidentielle et n’ont pas fait mystère, publiquement, de leur soutien sans réserves, pour le président-candidat Macky Sall à la prochaine présidentielle. Voilà des membres du « gouvernement looser« , qui ont siégé à la table du Conseil des ministres jusqu’à la dernière réunion tenue le jeudi 29 mars 2012 et qui renient aujourd’hui, sans vergogne, toutes les politiques qu’ils ont défendues hier avec une rare véhémence. Pire, ils trouvent aujourd’hui chez Macky Sall, le honni et mal aimé d’hier, les plus grandes vertus du monde. Pourtant, s’il ne dépendait que d’eux, jamais Macky Sall ne serait élu un jour président de la République. Aujourd’hui, ces anciens contempteurs et détracteurs du quatrième président de la République du Sénégal sont ses plus fervents thuriféraires. Voici, dans l’ordre protocolaire, la liste des quinze (15) fameux ministres transhumants ainsi que leurs fonctions respectives lorsqu’ils étaient encore avec le président Abdoulaye Wade et contre l’opposant Macky Sall :

1. Souleymane Ndéné Ndiaye, Premier ministre ;

2. Ousmane Ngom, Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur ;

3. Djibo Leyti Kâ (décédé), Ministre d’Etat, Ministre de l’Environnement et de la Protection de la nature ;

4. Awa Ndiaye, Ministre d’Etat, Ministre de la Culture, du Genre et du Cadre de vie ;

5. Bécaye Diop, Ministre d’Etat, Ministre de l’Urbanisme et de l’Assainissement ;

6. Abdoulaye Baldé, Ministre d’Etat, Ministre des Mines, de l’Industrie, de l’Agro-Industrie et des PME ;

7. Abdoulaye Makhtar Diop, Ministre d’Etat, Ministre des Sports ;

8. Khouraïchi Thiam, Ministre de l’Economie maritime ;

9. Kalidou Diallo, Ministre de l’Enseignement préscolaire, de l’Elémentaire, du Moyen-Secondaire et des Langues nationales ;

10. Modou Diagne Fada, Ministre la Santé, de l’Hygiène publique et de la Prévention ;

11. Aliou Sow, Ministre de la Décentralisation et des Collectivités locales ;

12. Sada Ndiaye, Ministre du Travail et des Organisations professionnelles ;

13. Mamadou Lamine Keita, Ministre de la Jeunesse et des Loisirs ;

14. Thierno Lô, Ministre de l’Artisanat, du Tourisme et des Relations avec le Secteur privé et le Secteur informel ;

15. Aminata Lô, Ministre de l’Action Sociale et de la Solidarité nationale.

Quinze (15) ministres sur un total de 38, soit 39,47%, voilà les proportions effarantes de l’étendue de la transhumance des ministres qui étaient dans le dernier gouvernement du président Abdoulaye Wade et qui, aujourd’hui, ont rejoint le président Macky Sall. Une saignée abondante en l’espace de six ans seulement, avec des rats qui se précipitent pour quitter le navire bleu à la dérive pour monter à bord du paquebot marron-beige qui navigue toutes voiles dehors.

Ce taux peut même être revu à la hausse si l’on y ajoute les ministres-conseillers, les chargés de missions, les conseillers spéciaux et autres qui ont suivi la même trajectoire, et au rang desquels on peut citer beaucoup d’anciens pourfendeurs de Macky Sall, devenus aujourd’hui ses plus grands laudateurs : Zakaria Diaw, ancien secrétaire général de la Présidence de la République, Serigne Mbacké Ndiaye, ex-ministre et porte-parole du président Abdoulaye Wade, Bamba Ndiaye, ex-ministre chargé des affaires religieuses, Amadou Kane Diallo, ex-ministre-conseiller et ex-membre du Comité directeur du PDS, actuel leader du mouvement « Pecum Bamtaare » qui vient récemment d’investir Macky Sall, Farba Senghor, ex-ministre et chargé de la propagande du PDS, Youssou Diallo, ancien Directeur de cabinet, puis Conseiller spécial du Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye.

D’autres ont reçu de gros fromages en récompense de leur divorce avec le PDS. Isma Dioum, ancien président du Cercle des intellectuels de l’alternance (Cia), une structure proche des cadres du Parti démocratique sénégalais (PDS), est maintenant nommé Conseiller spécial du Président Macky Sall. Serigne Mboup, ex-coordonnateur national de la Cellule Initiatives et Stratégies (CIS) du Pds et ancien président de la Commission des cadres de l’Alliance Sopi pour Toujours (Ast) est nommé Président du conseil d’administration de la Société africaine de raffinage (Sar) par le président Macky Sall, après sa démission du PDS battu à la présidentielle de 2012.

Le Docteur Safiatou Thiam, ancienne ministre de la Santé et de la Prévention dans le gouvernement dirigé par le premier ministre Cheikh Hadjibou Soumaré, est bombardée secrétaire exécutive du Conseil national de la lutte contre le Sida (CNLS) et a intégré le Cercle des Amis de Macky Sall (CAMS), une structure où elle côtoie un certain Baïla Wane, ex-DG de la LONASE, ex-animateur du mouvement Baïla Mobilise pour Wade (BMW). Ancien détracteur acerbe du président Macky Sall, ancien directeur général de l’Agence Nationale pour l’Emploi des Jeunes (ANEJ) et ex-responsable libéral, Abdou Khafor Touré, est nommé tour à tour directeur des opérations techniques du FONGIP et directeur de la Compagnie générale immobilière du Sahel (CGIS SA), une entité qui va porter les actifs immobiliers de la Caisse de Dépôt et Consignations (CDC) dont elle dépend. Tout ce beau monde gravite aujourd’hui autour de la galaxie présidentielle. A croire que Macky Sall a fait une OPA (offre publique d’achat) sur son ancien parti dont les traineurs de casseroles sont recyclés et passés à la blanchisserie pour retrouver si vite une virginité politique inespérée.

     Maintenant, ce qui fait le plus désordre dans tout ça, c’est que le 25 mars 2012, à travers le vote massif en faveur du candidat Macky Sall, crédité de plus de 65% des suffrages, les Sénégalais ont voulu lancer un message urbi et orbi (à la ville et au monde) en leur signifiant clairement qu’ils ont dégagé un régime et qu’ils ne veulent plus revoir aux affaires, à brève échéance, les hommes et les femmes qui ont incarné le régime déchu. Si maintenant, par des calculs politiciens, des deals ou des « combinazione » politiques, le nouveau pouvoir fait revenir aux affaires une bonne partie des « bannis », par le plus petit trou de la serrure, il viole l’esprit du 25 mars 2012. Il dénature et détourne le sens du vote. C’est un acte de trahison. De haute trahison même. Le peuple se sent trahi car c’est comme s’il n’y avait pas eu de vote le 25 mars 2012, ou que le verdict des urnes n’avait aucune forme d’importance, et que les gens (vainqueurs et vaincus) pouvaient se retrouver entre eux après pour faire leurs petits arrangements et se livrer à de viles compromissions qui ne sont évidemment pas dans l’intérêt du peuple, mais tendent tout simplement à pérenniser leurs privilèges de gouvernants. Pauvres Sénégalais, éternels dindons de la farce politique.

Aussi, le principal responsable de cette violation de la volonté souveraine du peuple, en l’occurrence le président Macky Sall, doit-il répondre de ses actes répréhensibles, devant la Loi. Or, la Charte fondamentale de la République du Sénégal qu’est la Constitution, votée par Référendum le 20 mars 2016, dispose en son article 87 : « Le Président de la République n’est responsable des actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions qu’en cas de haute trahison. Il ne peut être mis en accusation que par l’Assemblée nationale, statuant par un vote au scrutin secret, à la majorité des trois cinquièmes des membres la composant; il est jugé par la Haute Cour de Justice ». La haute trahison, la seule exception à l’immunité du Président de la République pour les actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions, peut donc être valablement retenue pour qualifier le crime commis par le président Macky Sall contre le peuple sénégalais qui voit le choix libre de ses dirigeants dévoyé et vidé de sa substance par des politiciens retors qui se sucrent et font prospérer leur bizness sur le dos des populations.

La cause est entendue. Le président Macky Sall, en l’état actuel des choses, est passible de la Haute Cour de Justice. Il appartient dès lors aux autorités compétentes, chacune en ce qui la concerne, de s’employer à l’exécution de cette disposition constitutionnelle.

Pape SAMB

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