Abdoulaye WADE Et La Jeunesse, Une Histoire Qui Ne Ramollit Pas

Le mariage peut paraitre paradoxal, tellement les générations des époux sont éloignées. Pourtant, le couple défie le temps, résiste aux vicissitudes et continue d’écrire l’histoire du Sénégal. Entre Me Abdoulaye WADE et la jeunesse, c’est une histoire qui ne ramollit pas.

En moins de quarante-huit heures, une bonne partie de la presse a changé de disque et de ton en parlant de l’ancien président de la République. Caricaturé la veille comme « isolé », ce vendredi,  il est présenté sous les habits de «Maître » du jeu. Une seule parade, et pas des moindres, aura suffi à faire changer les avis. En effet, de retour, ce jeudi, à Dakar, Abdoulaye Wade n’a pas uniquement mobilisé du monde à son accueil à l’aéroport international Blaise Diagne (AIBD.) La « marche bleue » qu’il a tenue, dudit aéroport à la permanence de son parti, a fini de convaincre les plus sceptiques qu’il demeurait plus que jamais populaire chez les jeunes. Ces derniers, pour beaucoup d’entre eux, n’ont pas hésité à effectuer le trajet AIBD-Permanence PDS à bord de motos et autres moyens de déplacement. Et, c’est sans doute cette forte mobilisation des jeunes qui a ragaillardi le « vieux » qui au-delà de son vol de plusieurs heures, s’est tenu debout durant le parcours, avant discourir pendant de nombreuses minutes à la devanture du siège de son parti. « Sentir toute la jeunesse du Sénégal mobilisée derrière moi, cela a décuplé mes forces et j’ai retrouvé mes énergies de 20 ans », avait déclaré Me Wade, en juillet 2017, heureux de constater qu’il faisait toujours courir les jeunes.

Ceux qui ont «isolé » Me Abdoulaye WADE, après le ralliement de Mamadou DIOP Decroix et de Mamadou Lamine Diallo  à Idrissa SECK, ont sans doute oublié que le premier allié du leader du PDS a toujours été la rue, les jeunes. Si ces deux leaders ont pu obtenir leur siège à l’Assemblée nationale, c’est grandement grâce à la capacité de mobilisation de Me Wade qui ne date pas de sa perte du pouvoir. En 1988, dès que les résultats des élections présidentielles et législatives furent proclamés, donnant Abdoulaye Wade perdant, des jeunes sortirent par milliers pour mettre Dakar et sa banlieue hors-service. Magasins, boutiques, bus ou véhicules estampillés AD, rien n’échappa, de Pikine à Guèdiawaye en passant par Grand-Yoff, à la furie des contestataires.  Arrêté puis relâché quelques semaines plus tard, Me Wade récidivait, en février 1994, appelant les jeunes à paralyser la capitale. Me Abdoulaye Wade et ses « amis » communistes tenaient un meeting et alors que le rassemblement allait se terminer sans anicroche, le « pape du sopi » lança aux jeunes qui débordaient d’excitation comme à chaque fois qu’ils l’entendent parler : « vous voulez marcher, eh bien marchez ». Suffisant pour que Dakar soit mis à sac avec à la clef six policiers tués, vingt-et-un autres grièvement blessés. En 2000, c’est cette même jeunesse qu’il a l’art d’obnubilé qui a accompagné sa marche victorieuse vers le pouvoir.

Le désamour de 2012

Comme tout couple, les hauts accompagnent les bas. Et entre Abdoulaye Wade et la jeunesse, le divorce a failli virer au cauchemar en 2012. S’arcboutant sur un troisième mandat, l’inamovible secrétaire général national du PDS s’est mis à dos cette jeunesse qu’il a tant fascinée. En effet, en voulant instituer un ticket devant élire simultanément, au suffrage universel, un président et un vice-président de la République, Me Abdoulaye Wade, qui avait donné d’immenses responsabilités à son fils trois ans plus tôt, montrait à « sa » jeunesse qu’il avait une grande préférence pour Karim Wade. Ainsi, les 22 et  23 juin, à la place Soweto, devant l’Assemblée nationale, des milliers de jeunes contestèrent sa décision, menaçant de rompre définitivement le lien affectif. Une menace mise à exécution le 25 mars 2012, marquant le divorce.

Abdoulaye Wade partit, délogé par les jeunes qui l’ont toujours adoubé, Macky Sall arrive au pouvoir. Les aides que Me Wade avait jadis allouées aux étudiants sont arrêtées, les promesses de milliers d’emplois aux jeunes partent en fumée. Et comme pour davantage nourrir le désespoir, Macky Sall s’entoure de la vieille garde socialiste. Suffisant pour renouer le fil entre Wade et la jeunesse qui ne met certes pas son avenir entre ses mains mais qui semble réaliser l’erreur qui a été de la sanctionner et de le remplacer par plus vieux encore dans la tête. Reste maintenant à savoir si cette jeunesse suivra Me Wade jusqu’à saboter la prochaine présidentielle.

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